Une lecture des Mémoires de l’ancien président de la République LEE Teng-hui (1988-2000): « 餘生: 我的生命之旅與台灣民主之路 » [The Remaining Years: My Life Journey and the Road of Taiwan’s Democracy], février 2016


En février 2016, LEE Teng-hui (1923-2020, président de la République entre 1988 et 2000) publie ses Mémoires: « 餘生: 我的生命之旅與台灣民主之路 » [The Remaining Years: My Life Journey and the Road of Taiwan’s Democracy /  Les années qui me restent. Mon parcours de vie et le chemin de la démocratie à Taiwan][1].

L’évolution de la pensée et des actes de LEE depuis son entrée au Kuomintang en 1971 (il le présidera de 1988 à 2000 avant d’en être expulsé en septembre 2001) jusqu’à ses engagments en faveur de la proclamation d’une « République de Taïwan » et donc du « changement de nom » y sont mis en perspective. Si l’on n’y apprend rien de véritablement nouveau, la synthèse est évidemment utile de la part d’un personnage public majeur dans l’histoire du pays –et en particulier de sa transition vers la démocratie-,  désormais libre de s’exprimer sans engager le destin de son pays comme c’était le cas avant 2000.

LEE Teng-hui appelle à une révision constitutionnelle pour transformer la République de Chine en une « nouvelle république », redéfinissant ainsi le statu quo. Ce statu quo, qui a permis jusque-là un dialogue entre Taipei et Pékin, repose sur ce que l’on appelle le « consensus de 1992 », accepté par le Kuomintang alors au pouvoir, qui reconnaît qu’il n’y a qu’« une seule Chine ». Pour LEE, le statu quo pour Taïwan signifie « ne pas appartenir à la Chine », sans pour autant proclamer l’indépendance [ce qui serait un casus belli pour Pékin] [2].

LEE écrit qu’avec la première élection présidentielle directe en 1996, Taïwan « a secoué le joug de l’occupation étrangère », et qu’en réalité, Taïwan jouit déjà d’une indépendance de jure. Il explique qu’il n’a pas d’affinité particulière pour le terme « indépendance » : Taïwan n’étant pas sous occupation chinoise, il n’y a pas besoin de devenir indépendant d’aucune entité… Pour lui, il faut donc se débarrasser de « l’ancien système de pensée » reposant sur la notion « d’une seule Chine », et l’idée que la République de Chine est la continuation légitime de la « Chine de la dynastie Qing ». LEE souligne que plus de 80% des Taïwanais soutiennent le maintien du statu quo entre la Chine et Taiwan, à savoir que Taïwan est de facto indépendant de la Chine.

LEE écrit qu’il était depuis très longtemps en désaccord avec l’appellation de « République de Chine », et qu’il lui aurait préféré celle de « République de Taïwan » : mais il ne pouvait ni le déclarer, ni le mettre en œuvre, car cela entrait en conflit direct avec une des fondations idéologiques majeures du parti. La « prudence » l’a donc contraint au silence, au risque de voir sa fonction directement menacée, d’autant que « la majorité d’origine chinoise du parti lui manifestait beaucoup de méfiance [lui-même étant né à Taïwan alors colonie japonaise] ». Désormais, LEE estime que la nation devrait donc participer aux affaires internationales sous le nom de « Taïwan », et qu’il n’y a plus lieu à poursuivre là-dessus un débat qui a surtout pour effet de diviser le pays.


NOTES

[1] LEE Teng-hui , 餘生: 我的生命之旅與台灣民主之路 [The Remaining Years: My Life Journey and the Road of Taiwan’s Democracy /  Les années qui me restent: mon parcours de vie et le chemin de la démocratie deTaïwan], Taipei, 2016, 272 pages, non traduit du chinois.

[2] Quant à la présidente TSAI Ing-wen (PDP, élu en 2016, réélue en 2020), elle refuse de reconnaître ce « consensus de 1992 », ce qui entraîne, de la part de Pékin, la rupture de tout dialogue.

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