Faut-il relativiser les manœuvres militaires chinoises «Justice Mission (正義使命) » de  décembre 2025 ?



Officiellement présentées par Pékin comme une réponse à l’important contrat de ventes d’armes américaines à Taïwan (d’une valeur supérieure à 11 milliards de dollars US [1]) annoncé le 18 décembre 2025, les manœuvres chinoises « Justice Mission 2025 (正義使命2025) » , menées entre le 29 et le 31 décembre 2025 autour de Taïwan, ont marqué une nouvelle démonstration de force de Pékin.

Une gesticulation d’ampleur

Ces exercices interarmes de la marine, de l’aviation et des garde-côtes ont consisté en un déploiement massif de navires et d’aéronefs (avions, drones, missiles balistiques) avec exercices de tirs réels à proximité de l’île – abondamment répercutés par les médias chinois et sur les réseaux sociaux . Les manœuvres ont simulé, comme lors d’exercices antérieurs, le blocus des principaux ports taïwanais sur les côtes occidentale et Pacifique (principalement Keelung au nord, et Kaohsiung au sud-ouest. Ces exercices se sont déroulés pour partie dans des zones très proches des côtes taïwanaises (parfois à moins de 12 milles marins, soit la limite des eaux territoriales en droit maritime international). Ils ont, dès lors, perturbé le trafic aérien régional et international plusieurs centaines de vols annulés) et maritime desservant l’archipel, confirmant une stratégie du blocus développée par Pékin depuis plusieurs années. Ces exercices, qui ont engagé plus de 130 avions et 50 navires dont, pour la première fois des navires de débarquement amphibies, ont, évidemment, été qualifiés de « succès » par Pékin, « démontrant la capacité de l’Armée populaire de libération (APL) à mener des opérations conjointes » (terre, mer, air, fusées). L’APL entendait par ces manœuvres, « envoyer un sévère avertissement aux séparatistes de Taipei » et « aux forces étrangères qui les soutiennent » (sous-entendu : à Washington et à Tokyo).  En se rapprochant au plus près des eaux territoriales de Taïwan, la Chine cherche à saper la souveraineté de facto de Taipei, que Pékin ne reconnaît pas puisque « Taïwan est une province chinoise ».

Cf. Cartographier les manœuvres « Mission Justice 2025 / 正义使命2025 ».

Pékin est toujours en réaction, et ne démontre pas nécessairement avoir atteint l’objectif recherché

Dans une analyse publiée sur le site Taiwan Insight le 23 janvier 2026 [2], le chercheur taïwanais Shen Ming-Shih [3], spécialiste des questions stratégiques, avance quelques éléments supplémentaires de lecture de ces manœuvres. Il souligne que l’on a assisté à la répétition de tactiques habituelles contre Taïwan, et de déni d’accès (A2/AD) dirigé potentiellement contre les États-Unis et le Japon (particulièrement ciblé depuis les déclarations tonitruantes de la Première ministre Sanae Takaichi sur Taïwan). Il relève que de « simples déploiements », même massifs, ne suffisent cependant pas à démontrer une réelle capacité de combat – surtout face à l’armée américaine si celle-ci devait s’engager dans une défense de Taïwan. Et, au bilan, « ces exercices [répétés], bien que spectaculaires, risquent de devenir une routine, affaiblissant leur effet dissuasif. »

Taipei a dénoncé ces actions comme une intimidation injustifiée ; placé ses forces armées en « alerte haute » ; et procédé à des contre-exercices. Le président Lai Ching-te, à l’occasion de son message de Nouvel An, a promis de défendre fermement « la souveraineté nationale » en renforçant la défense de l’île, démocratique par contraste avec l’autocratie continentale. Ce qui a déchaîné une fois de plus les attaques de Pékin contre les « séparatistes » de Taipei : Lai a été qualifié de « menteur hostile (…), fomenteur de crises et de conflits (…),  destructeur de paix (etc…). » La Chine a également critiqué … les critiques de ses manœuvres formulées par les Etats-Unis, le Japon, L’Union européenne, le Royaume-Uni, l’Australie, les Philippines, etc.


On retiendra de cette séquence : 1/ que la présidence Trump semble vouloir maintenir (comme lors du premier mandat) des ventes d’armes importantes à Taipei, même si Taïwan apparaît pas ou peu dans les plus récents documents stratégiques américains ; 2/ que Pékin réagit comme d’habitude en ce type de circonstances (par exemple du 4 au 7 août 2022, lors de la visite de la démocrate Nancy Pelosi), par des manœuvres militaires d’intimidation, a posteriori, et limitées dans le temps ; 3/ que les purges continuent au plus haut sommet de la hiérarchie militaire chinoise, ce qui ne peut qu’affaiblir les capacités de l’APL à mener une opération d’invasion de Taïwan ; 4/  que le gouvernement Lai doit toujours faire accepter ses dépenses militaires par la majorité d’opposition KMT au Yuan législatif.


NOTES

[1] Apparemment, Pékin est particulièrement furieux (inquiet ?) de la présence, dans les livraisons annoncées, de lance-roquettes multiples HIMARS, dont l’efficacité pourrait renforcer significativement les capacités de défense taïwanaises. Cf. LIN Sean, « China highlights Taiwan’s HIMARS as major threat in latest military drills: Experts », Focus Taiwan, CNA, January 4, 2026. URL: https://focustaiwan.tw/cross-strait/202601040016

[2] SHEN Ming-Shih, « Bluff or Substantial Deterrence: The Purpose and Implications of China’s “Mission for Justice 2025” Exercise Against Taiwan», Taiwan Insight, 23 January 2026. URL: https://taiwaninsight.org/2026/01/23/bluff-or-substantial-deterrence-the-purpose-and-implications-of-chinas-mission-for-justice-2025-exercise-against-taiwan/

[3] Voir sa fiche sur le site de l’Institute for National Defense and Security Research de Taipei: URL : https://indsr.org.tw/en/member?resid=5&uid=2&pid=16


Illustration d’IA pro-chinoise publiée sur le compte facebook américain « Intellect News 24 », janvier 2026.