
Le jeudi 1er décembre 1932, Le Petit Vingtième (supplément pour la jeunesse du journal de Bruxelles Le Vingtième Siècle) publie une illustration de Hergé (l’alias de Georges Remi, 1907-1983), en forme de « carte-annonce » pour la prochaine aventure de Tintin, devant débuter la semaine suivante : « Les aventures de Tintin, reporter en Orient. Les Cigares du Pharaon ». Dessinée en noir et blanc au crayon et à l’encre de Chine cette carte grand format (43,5 x 61 cm) est publiée pliée en 4 dans le journal. 60 ans après, en 1992, à l’occasion de la sortie de la collection des « Carnets de route de Tintin », la Fondation Hergé et les Éditions Casterman publient un retirage sur papier teinté de cette carte d’Hergé, limité à 1 000 exemplaires numérotés.

Un extrait correspondant à la zone d’intérêt de ce blog, dans laquelle se déroule Le Lotus Bleu.
Le Lotus Bleu (1936), un album anti-impérialiste
Le Lotus Bleu, publié en feuilleton dans Le Petit Vingtième en 1934 & 1935, et en album en 1936, est le cinquième album des aventures de Tintin. Dans cet ouvrage Tintin, « reporter en Extrême-Orient », se rend en Chine pour enquêter sur un trafic international d’opium, qu’il s’engage à démanteler. À l’aube du récit, la généreuse ambition de Tintin semble démesurée dans un pays dont il ignore tout, la Chine. Aidé par la seule société secrète, Les Fils du Dragon, et par son jeune ami Tchang Tchong-yen, rencontré tardivement, il parvient à surmonter tous les obstacles et ruiner les perfides machinations de ses nombreux ennemis. Attentats, trahison, délation, conspiration, folie et catastrophes naturelles se liguent pour l’empêcher de mener à bien sa noble mission. Il se retrouve impliqué dans des intrigues politiques complexes, notamment liées aux concessions occidentales à Shanghai, et à l’occupation japonaise de la Mandchourie.
Le Lotus Bleu est souvent salué pour son ton résolument anti-impérialiste et anticolonialiste, ce qui était relativement audacieux pour l’époque, a fortiori dans une publication destinée à la jeunesse.

* Critique de l’impérialisme nippon, et de l’occupation japonaise en Chine : L’intrigue principale tourne autour de l’occupation japonaise de la Mandchourie. Hergé dépeint les Japonais de manière négative, montrant leur brutalité et leur exploitation des ressources chinoises.

* Dénonciation du colonialisme: Bien que l’histoire soit centrée sur l’impérialisme japonais, Hergé ne manque pas non plus de critiquer le colonialisme occidental. Plusieurs des personnages européens sont des caricatures de l’arrogance, de la brutalité et de la cupidité colonialistes. Ils ne valent pas mieux que les militaires et colons japonais. Au cours de ses pérégrinations, Tintin sera ainsi ballotté du secteur britannique où le cynique Dawson dirige la police internationale , à la zone d’occupation militaire japonaise.

* Empathie envers les peuples sous domination coloniale ou occupation étrangère: À travers les interactions de Tintin avec les personnages chinois (en particulier le jeune Tchang), Hergé affiche une claire empathie pour les populations dominées. Tintin apparaît comme un défenseur des opprimés, s’opposant ici activement à la double oppression japonaise et européenne.
Les sources iconographiques et documentaires
* Pour quelques éléments de base sur Hergé et les aventures de Tintin : http://fr.tintin.com/essentiel
* Toutes illustrations extraites de © Editions Casterman © Musée Hergé © Editions Moulinsart
* Sur Le Lotus Bleu et sa célèbre couverture au dragon rouge:

Gouache pour la première couverture de l’album en 1936