Une chronologie politique de Formose – Taïwan du XVe siècle à 2022


Au Musée national d’histoire de Taïwan, Taïnan, 2012


Formose – Taïwan : une chronologie longue, du XVe siècle à 2022

* 4000 avt JC : présence attestée des ancêtres austronésiens des Aborigènes de Taïwan

* XIIe-XIIIe s. : installation permanente de pêcheurs chinois dans l’archipel des Penghu (nommé Pescadores, « l’île des Pêcheurs » par les Portugais, au milieu du détroit de Taïwan)

*  v.1540-1542 : les Portugais  et nomment l’île « Ilha Formosa » « Formose » « la Belle Île ». Pendant toute la Guerre froide, « Formose » sera l’appellation la plus courante en Occident pour parler de Taïwan et du régime de TCHANG Kaï-chek.

* Fin XVIe : installation permanente de groupes de Chinois du Fujian sur la côte sud-ouest de Taïwan

* 1603 : première description des Aborigènes de Taïwan par le lettré chinois Chen Di à l’occasion d’une mission anti-piraterie envoyée par les Ming dans la baie de Tayouan (centre-ouest)

*  1609 : Le shogunat Tokugawa envoie une mission d’exploration japonaise à Taïwan (Takayamakoku en japonais, « Le pays de la haute montagne ») . Mais une tentative d’implantation japonaise est repoussée par les Aborigènes en 1616.

* 1624 : Arrivés de Batavia (l’actuelle Djakarta, Indes néerlandaises), installés depuis 1604 dans l’archipel des Pescadores (détroit de Taïwan), avant d’en être chassés par les Ming en 1624, les Hollandais de la Compagnie des Indes Orientales (VOC) construisent deux forts sur la côte occidentale de Taïwan, et produisent les premières cartes de l’île. Des missionnaires protestants entreprennent d’évangéliser les Aborigènes. Les Hollandais font venir des colons chinois pour la mise en valeur des terres littorales et les plantations de riz et de sucre : il s’agit majoritairement de Hoklo du Fujian, les Hakka du Guandong arrivant ultérieurement. En 1635, les Hollandais engagent une  « campagne de pacification » contre la résistance aborigène. En 1652, ils sont confrontés à une vaste révolte des travailleurs chinois, réprimée avec l’aide de tribus aborigènes (la population chinoise dans l’île est estimée à 20 à 25000 personnes). L’un des produits les plus recherchés par les Hollandais sont les peaux de daim troquées avec les Aborigènes avec ou sans l’intermédiaire des Chinois.

* 1626 : arrivés du Gouvernorat des Philippines (à Luzon / Luçon) , les Espagnols débarquent au nord de l’île de Taïwan, y installent plusieurs forts et des missions catholiques. Ils sont, eux aussi, confrontés à des attaques aborigènes en 1636. Les Hollandais expulsent les Espagnols de Taïwan en 1642.

* 1661 : l’aventurier (pirate, marin, général) sino-japonais  Koxinga  (Zheng Cheng-gong, 1624-1662) en lutte contre la dynastie mandchoue des Qing en Chine débarque à Taïwan (il avait décrété son autorité sur les Chinois de l’île dès 1655), et force les Hollandais à quitter Taïwan en 1662. Les Hollandais reviennent brièvement entre 1664 et 1668. Koxinga est célébré comme « héros national » (minzu yingxiong) et par le Kuomintang (qui lui érige une grande statue et un musée à Taïnan en 1961), et par le Parti communiste chinois, car son arrivée marque l’entrée de l’île dans l’espace impérial chinois des Ming. En 2003, sous le gouvernement vert du président Chen, l’exposition « Ihla Formosa. L’émergence de Taïwan sur la scène mondiale au XVIIe siècle » insistera plutôt sur les origines personnelles pour le moins composites du personnage (il est le fils d’un commerçant-pirate des mers chinois mais baptisé catholique (Nicholas Iquan), et d’une mère japonaise), qui règnera de manière éphémère qui représenterait plus le multiculturalisme de l’archipel que son entrée réelle dans le giron chinois, qu’il conviendrait de dater plutôt de 1887, quand Taïwan accède pour la première fois au statut de province chinoise…

* 1683 : les troupes mandchoues (de la dynastie Qing) l’emportent à Taïwan sur les Zheng, héritiers de Koxinga. L’année suivante,  Taïwan devient une préfecture de la province impériale du Fujian, placée sous l’autorité de gouverneurs chinois. Au XVIIIe siècle, plusieurs révoltes chinoises (1721, 1787) ou aborigènes (1731) sont écrasées par des troupes venues du continent. Le contrôle du pouvoir de Pékin s’exerce essentiellement sur les zones côtières et les plaines occidentales.

*   1739 :  les territoires des Aborigènes des montagnes sont délimités par une ligne frontière, et interdits d’accès aux Chinois. L’interdiction ne sera levée qu’en 1875.

* 1858 : par le traité de Tianjin signé avec la dynastie Qing, la France et l’Angleterre obtiennent l’ouverture des ports de Keelung, Tamsui, Kaohsiung et Anping. Londres ouvre un consulat à Kaohsiung (sud) en 1865. Le traité sino-russe de Tianjin ouvre les trois ports de Keelung, Taïnan et Kaohsiung aux navires russes. La Russie est particulièrement intéressée par le commerce du thé.

* Fin 1868, « guerre du camphre ». Une force navale britannique bombarde le port d’Anping pour obtenir la fin du monopole chinois sur le camphre de Taïwan, une des principales ressources de l’île. Il s’ensuit le «Règlements de camphrier » au bénéfice des Britanniques.

*  1871 : pour se protéger d’un typhon, des pêcheurs des îles Ryukyu (royaume archipélagique dépendant du Japon) débarquent au sud de Taïwan. 54 d’entre eux sont tués par les Aborigènes Paiwan à Mutan. Les Japonais débarquent un corps expéditionnaire en 1874 pour « venger les pêcheurs », et  affrontent les Paiwan. Ils sont aidés par d’autres groupes aborigènes. Ils veulent se faire reconnaître des droits sur Taïwan, mais  l’empereur Qing, avançant que les Aborigènes ne sont pas contrôlés par le pouvoir chinois dans cette région, préfère verser une indemnité. Le gouverneur chinois lève la délimitation des territoires aborigènes en 1875, et  envoie des troupes dans les villages aborigènes. L’expédition de Taïwan fait l’objet d’une propagande pré-coloniale dans l’archipel nippon, et sera valorisée dans la période coloniale (par exemple lors de la grande Exposition de Taïwan de 1935).

*   1881-1885 : guerre franco-chinoise à propos du contrôle du Fleuve Rouge, de l’Annam et du Tonkin. Une partie du conflit se déroule autour de Taïwan en 1884-1885. La marine française entreprend le blocus de plusieurs ports taïwanais, en particulier celui de Keelung (nord de Taipei). Un premier débarquement des troupes de marine échoue en août 1884, avant la prise de Keelung en octobre. Mais le corps expéditionnaire français est décimé à la fin de l’année par une épidémie de choléra et de typhoïde. Le statu quo ante est rétabli au printemps 1885, et le conflit se concentre aux Pescadores. L’amiral Courbet meurt du choléra à Makung (Pescadores/Penghu) en juin 1885, épisode chroniqué par le lieutenant de vaisseau Pierre Loti, présent de 1883 à 1885 dans l’expédition tonkinoise, et aux Pescadores.

*  1885 : Taïwan devient une province chinoise avec Taipei comme capitale. La première ligne de chemin de fer ( du port de Keelung à Taipei) est inaugurée en 1891.

* 17 avril 1895, traité de Shimonoseki : défait militairement à l’issue de la guerre sino-japonaise (1894-1895), l’empereur Qing cède Taïwan au Japon. Proclamation à Taïnan (sud) d’une éphémère République de Taïwan, anti-japonaise et pro-chinoise (mai-octobre 1895). Plusieurs révoltes anti-japonaises régionales (juin 1896 , massacre de 6000 Taïwanais à Yunlin)  et/ou aborigènes (1900, 1915, 1917).   

* 1895 et 1905: des interventions russes contre le Japon à Taïwan? Les archives diplomatiques russes renferment pour 1895 des courriers de notables taïwanais sollicitant une intervention russe pour contrer l’intervention coloniale japonaise. Mais Saint-Petersbourg se satisfait de la garantie japonaise du maintien de la libre-circulation maritime internationale dans le détroit de Taïwan. En 1904-1905, pendant la guerre russo-japonaise, des diplomates russes et chinois auraient envisagé -sans suites – d’organiser une insurrection anti-japonaise à Taïwan pour ouvrir un front secondaire contre Tokyo.

* 1895-1945: Colonisation de Taïwan par le Japon. Régime colonial autoritaire et répressif, mais intégrateur. Scolarisation, langue japonaise, administration, culture japonaise (kimonos, arts martiaux, baseball, tatamis, etc.). Mise en valeur (riz, sucre) et exploitation (bois)  coloniales; infrastructures de transports (chemins de fer, tramways) et urbaines (urbanisme, architecture, bâtiments publics), d’adduction d’eau et d’électricité (Barrage de la Lune et du Soleil). Taïwan est la « colonie modèle » du Japon.  Après 1945, et malgré la double propagande du Kuomintang pendant quatre décennies, et des communistes de Pékin jusqu’à aujourd’hui, Taïwan est le seul pays d’Asie dont la population garde très majoritairement une image positive de la période japonaise (malgré des contentieux insulaires au nord-nord-est).

* 1905 : recensement de la population :  3 039 751 résidents, dont 2 492 784 Chinois et  82,795 « population des montagnes ».

* 1921 : fondation de l’Association culturelle taïwanaise, autonomiste, d’où émergera en 1927 le Parti du peuple taïwanais (TPP). Ce sont là les linéaments d’un indépendantisme taïwanais qui ne s’affirmera qu’à la fin du siècle.

* Années 1920-1930 : Les Chinois ont interdiction de pénétrer en territoire aborigène (réserves). Certains villages aborigènes sont relocalisés pour être plus accessibles et donc contrôlables. En 1923, le pouvoir colonial remplace la formule « Barbares des montagnes » par « Tribus des montagnes ». Désenclavement de certaines zones de montagne pour l’exploitation forestière (chemin de fer d’Alishan). Au début des années 1930, répression de révoltes aborigènes ( révolte des Seediq de Wushe, menés par Mona Rudao, 1930-1931), contre la surexploitation coloniale et les exactions de certaines autorités – qui forment parallèlement des milices indigènes pro-japonaises.

* A partir du milieu des années 1930,  les acteurs du militarisme nippon entendent inculquer aux élèves « l’esprit japonais », à des fins d’assimilation ou japonisation (dôka  : éducation et harmonie) et de soumission à l’empereur (kôminka). Pour la première fois, les Taïwanais élisent des représentants locaux à la Diète de Tokyo.

* Automne 1935 organisation de « L’Exposition de Taïwan. En commémoration du 40e anniversaire du régime colonial ».   Les sites principaux sont à Taipei, mais avec des antennes dans toute l’île. Les Taïwanais sont encouragés à venir à Taipei par des billets de train spéciaux, des forfaits de groupes, etc.. Et les Japonais sont invités à venir découvrir « l’Île au Trésor, la perle de l’Empire ». Les 50 jours de l’Exposition auraient vu défiler largement plus de 2 millions de visiteurs, pour une population totale de 5,2 millions. L’Exposition se veut une vitrine de la modernité, avec des pavillons construits en style néo-classique ou moderniste Art Déco.  A l’instar d’autres expositions impériale, dont bien sûr l’Exposition coloniale française de 1931 des « villages indigènes » exhibant des « primitifs, sauvages  vivants» en costumes, à civiliser encore, mais dont les prestations dansées sont très appréciées du public nippo-taïwanais. Globalement, les Japonais sont le modèle auquel les Taïwanais doivent [devraient] et peuvent aspirer, pour passer du statut colonial au statut de la citoyenneté et d’appartenance à la nation impériale.

* 1942-1943 : campagnes d’appel à l’engagement volontaire dans l’armée japonaise. Plus de 200000 volontaires (les « Volontaires de Takasago »), dont le futur président LEE Teng-hui (1988-2000), son frère et de nombreux Aborigènes particulièrement appréciés pour la guerre de jungle. Des liens d’anciens combattants perdureront jusqu’à aujourd’hui, des vétérans taïwanais se rendant au sanctuaire Yasukuni de Tokyo [très critiqué en Asie pour apologie de l’impérialisme nippon et de certains criminels de guerre] pour rendre hommage aux morts taïwanais des guerres japonaises.

* Décembre 1943 : « Conférence du Caire ». Les Alliés (F.D. Roosevelt, W. Churchill et  Tchang Kaï-chek) évoquent l’idée d’une rétrocession à la Chine des « territoires volés par le Japon ». La « Déclaration du Caire », régulièrement mise en avant par Pékin depuis 1950 pour exiger le retour de Taïwan dans le giron chinois n’a, en réalité, jamais existé. Sinon sous la forme d’un point de presse des porte-parole indiquant aux journalistes les thèmes des discussions. Tchang Kaï-chek avait déjà quitté le Caire pour rentrer en Chine.


* 25 octobre 1945, « Rétrocession de Taïwan à la République de Chine ». En réalité, le texte signé par les Japonais et les Chinois indique que le transfert de souveraineté se fait du Japon vers les Alliés, et non au profit de la Chine. Celle-ci est représentée le général du Kuomintang CHEN Yi, missionné par TCHANG Kaï-chek,  par la volonté du Général Mac Arthur, pour prendre acte de la capitulation japonaise sur cette partie du théâtre asiatique, « au nom des Alliés ». Les Nationalistes présenteront l’épisode comme la  rétrocession formelle de Taïwan à la Chine, alors qu’elle date en réalité du traité de Taipei de 1952.

* 28 février 1947 (2-28, er-er-ba: A partir de « l’affaire de la vendeuse de cigarettes de contrebande [LIN Jiang-mai]»,  soulèvement général contre la brutalité du régime du Kuomintang continental, suivi d’une violente répression contre la population et les élites taïwanaises. L’épisode devient central dans les débats mémoriels, historiques et politiques de la fin du siècle: « Incident du 2-28» pour le Kuomintang, « Massacre du 2-28 » pour les indépendantistes.

* Le 28 février 1947, Lin Jiang-mai une veuve formosane vendeuse à la sauvette de cigarettes de contrebande, est violemment contrôlée et battue  par la police fiscale du Bureau du Monopole du tabac de Taiwan devant un (une?) de ses enfants. Les faits ont lieu à Taipei dans le vieux quartier de Ta-Tao Cheng, au coin de Ningxia Road et de Nanjing West Road. C’est le début d’un engrenage sanglant : un passant à côté de LIN tué par un inspecteur en civil; mouvement de foule, tirs des policiers; manifestants attaquant des postes de police; répression policière et militaire qui embrase le pays. Les manifestants ayant pris le contrôle d’une bonne partie du pays, et ayant posé une liste de 32 demandes de mesures immédiates, le pouvoir central envoie en urgence des troupes du continent en renfort, qui écrasent la contestation dans un bain de sang (estimée entre 10000 et 30000 morts et disparus).

* 1947 : Constitution de Nankin, adoptée par la République de Chine en 1947 et toujours en vigueur à Taïwan. La République de Chine n’ayant pas disparu en 1949, ni sa Constitution avec elle, il y a continuité juridique entre sa période continentale et sa période insulaire. Ainsi, les députés élus sur le continent depuis les années 1930 et en 1947 continueront à siéger de manière inamovible au Yuan législatif de Taipei jusqu’en 1991. Le président LEE Teng-hui (pourtant président du Kuomintang) réussit alors à passer à des élections législatives au suffrage universel et territorialisé au seul archipel de Taïwan.

* 1er octobre 1949, Proclamation de la République populaire de Chine (RPC) à  Pékin. Le régime nationaliste s’effondre. Les institutions, le gouvernement et les assemblées se replient à Taipei (à partir du 8 décembre). Fin de l’ère continentale de la République de Chine (RDC).

* décembre 1949-début 1950: Tchang Kaï-chek (1887-1975) et les nationalistes du Kuomintang (KMT, Parti nationaliste chinois, fondé en 1912, entre autres par Sun Yat-sen, 1866-1925). se replient à Taïwan. Entre 0,9 et 2 millions de Continentaux (Waishengren), militaires et civils, de toutes origines géographiques. Ils s’imposent de manière brutale et autoritaire aux 6,5M de Taïwanais (Benshengren) considérés comme indépendantistes et/ou pro-japonais. Les Continentaux monopolisent le pouvoir politique et contrôlent largement l’économie. Des contingents de nationalistes continueront à arriver à Taïwan jusqu’au milieu des années 1950, en particulier les débris de l’armée installés au nord de la Birmanie et en Thaïlande (« l’armée perdue » du général LI Mi), transférés à Taïwan par un pont aérien américain.

* 1945-années 2000 : Le régime de la République de Chine à Taipei entend représenter toute la Chine.  Taipei occupe le siège de la Chine à l’ONU jusqu’en 1971. Le Double-Ten Day (10/10) est la fête nationale, qui commémore la révolution de 1911. Politique des “trois refus” : de tout contact, de toute négociation, de tout compromis, avec Pékin.

* 1949-1987: régime de la loi martiale à Taïwan à partir du 20 mai 1949. « Terreur blanche » dans les années 1950 : répression, arrestations, tortures,  disparitions, fosses communes, procès, condamnations, pénitenciers, exécutions (tribunaux militaires) au nom de la lutte anti-communiste et contre l’espionnage au profit de Pékin. De très nombreux Continentaux en sont victimes.

* 1951 : Traité de paix de San Francisco entre les États-Unis et le Japon. Tokyo confirme son abandon de souveraineté sur Taïwan mais sans spécifier de bénéficiaire : ni la Chine nationaliste (non représentée à San Francisco), ni la Chine communiste.

* 1951, réforme agraire. Vente des terres publiques aux exploitants.

* 28 avril 1952 : Traité de paix de Taipei entre le Japon et la République de Chine. Signé par TCHANG, il rétrocède formellement la souveraineté de Taïwan à « la Chine », représentée légalement par la puissance signataire, la République de Chine. C’est le seul traité international définissant le statut international de Taïwan, au profit de la République de Chine – qui représente alors la totalité de la Chine, continent compris.

* 1952 : Le Grand Hôtel de Taipei est bâti à partir de 1952 sur ordre de Tchang Kaï-chek sur la colline de Yuanshan dominant Taipei, à l’emplacement du plus grand sanctuaire shinto japonais de la capitale (détruit accidentellement par la chute d’un avion militaire en 1945). Il avait pour fonction principale d’accueillir les dignitaires étrangers en visite sur l’île, et sa décoration luxueuse a été supervisée par l’épouse du généralissime, SOONG Mei-ling. Le choix a été fait d’une architecture de palais chinois classique : sa taille gigantesque pour l’époque en fait pendant longtemps le plus grand bâtiment existant de ce style en Asie.  Peint en rouge vermillon, dominant la ville, visible de partout, « Le Palais du Dragon » permettait d’affirmer le rôle de conservatoire de la culture de la Grande Chine assumé par le régime.

* 1954-1958, Guerre froide dans le détroit de Taïwan :  Au cours de la première crise (1954-1955) et de la deuxième crise du détroit de Taïwan (novembre 1958), Pékin bombarde les archipels taïwanais de Quemoy-Kinmen, Tachen et Matsu. Taipei, soutenu par Washington riposte en bombardant l’île chinoise de Amoy-Xiamen.

* 1954-1988 : l’affaire du pétrolier soviétique TOUAPSE. Le 23 juin 1954, parti d’Odessa et à destination de Shanghai, le pétrolier soviétique Touapse, chargé de 10000 tonnes de kérozène à livrer à l’Armée populaire de libération est arraisonné au large de Kaohsiung (version taïwanaise) ou dans les eaux internationales du détroit (et avec l’aide de la marine américaine, version soviétique) pour « violation des mesures d’embargo international contre  la Chine communiste pour son intervention dans la guerre de Corée ». 49 membres d’équipage sont  à bord. Les autorités du Kuomintang (dont le fils de Tchang Kaï-chek, CHIANG Ching-kuo, alors directeur du Département des opérations politiques au ministère de la Défense et en partie en charge de la police secrète, russophone puisqu’entre 1925 et 1937 étudiant à l’Université Sun Yat-sen de Moscou, puis ouvrier dans l’Oural) font pression sur les marins soviétiques pour qu’ils fassent défection, alors que, de son côté, Moscou, qui ne reconnaît pas Taipei, se plaint directement à Washington, et sollicite la Croix-Rouge internationale. En 1955, 29 marins (dont le capitaine) sont rapatriés et accueillis en héros à leur retour en URSS. La plupart des autres font défection, et 9 partent aux Etats-Unis, et y critiqueront l’URSS (ils seront condamnés à mort par contumace par Moscou). Certains d’entre eux demanderont quelques années plus tard à rentrer au pays, et y seront lourdement condamnés pour trahison. Mais quatre marins, qui avaient refusé de demander l’asile, restent retenus à Taïwan jusqu’en 1988. Ils sont alors libérés « au nom des droits de l’homme » après une campagne médiatique relayée au Yuan législatif. Dès 1958, le film soviétique « Un accident extraordinaire / Ч. П.- Чрезвычайное происшествие » du réalisateur Viktor Ivtchenko reconstitue l’épisode sous une forme totalement romancée, à la gloire des marins (civils) du Touapse, maltraités, affamés et torturés comme prisonniers de guerre et par les impérialistes américains, et par leurs laquais taïwanais.

* 3 mars 1955 :  Mutual Defense Treaty Between the United States and the Republic of China. Le terme «Taïwan» inclut l’île de Taïwan (l’île principale) et les îles Pescadores. En sont exclus les autres îles ou archipels sous le contrôle de la République de Chine, Jinmen, les Matsu, les îles Wuqiu, les Pratas et Taiping.

* janvier 1964-Pékin: la France de De Gaulle établit des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine

* 1965 : le Musée impérial, qui entreposait « provisoirement » les collections impériales, qui avaient connu 20 ans de pérégrinations périlleuses dans les années 1930-1940, devient « Musée national du Palais », dans de vastes bâtiments de style chinois classique, plusieurs fois étendus . Son directeur a longtemps rang de ministre.

*  1965, le Président Tchang Kaï-chek pose, au centre de Taipei, la première pierre du vaste mémorial de Sun Yat-sen : il interviendra sur les plans de l’architecte pour qu’y soient renforcées les spécificités de l’architecture chinoise  classique. Le bâtiment principal a été terminé le 16 mai 1972.

* 1966, le Mouvement pour la renaissance culturelle chinoise, inaugurée par Tchang Kaï-chek pour le 100ème anniversaire de la naissance de Sun Yat-sen, se veut une réponse aux destructions maoïstes de la révolution culturelle. La Renaissance culturelle recycle une partie des projets du Mouvement pour une vie nouvelle (新生活運動,  New Life Movement), lancé le 19 février 1934 par Tchang Kaï-shek alors chef du gouvernement et du Kuomintang, avec une contribution active de son épouse Soong Mei-ling. Il entend promouvoir une réforme culturelle et la moralité sociale néo-confucéenne pour contrer la poussée des idées communistes, autour d’une vie guidée par quatre vertus, lǐ (禮/礼, rite approprié), yì (義/义, droiture ou justice), lián ( 廉, honnêteté et propreté) et chǐ (恥/耻, honte ; sens du bien et du mal).

* 1971, la République de Chine expulsée de l’ONU et des OIG (agences onusiennes) au profit de Pékin .  Par un vote de l’Assemblée générale de l’ONU « les représentants de TCHANG Kaï-chek » sont exclus de l’organisation onusienne  (ONU-AG-Résolution 2758). Le recours à l’AG, où les pays socialistes appuyés par de nombreux pays du Tiers Monde (« non-alignés »), ont la majorité des voix, permet de contourner un Conseil de sécurité où Washington et la RDC disposent du droit de veto. Du point de vue du droit international, et quoique Pékin défende la thèse contraire, la République de Chine ne disparaît pas en droit, et continue d’être reconnue par des Etats (en nombre décroissant: 14 au 1er janvier 2022). A noter que Taïwan n’est nulle part mentionnée dans la résolution, mais la République de Chine.

– En application du principe « Une seule Chine » imposé par Pékin, les ambassades à Taipei sont transférées à Pékin (sauf la Nonciature apostolique), les puissances laissant, ou installant, à Taipei des « Instituts culturels » ayant quasi rang d’ambassade. Taïwan a donc tous les attributs d’un Etat (territoire, frontières, peuple-nation, symboles, drapeau, passeport, armée, etc.) Sauf la reconnaissance internationale. Il ne reste plus à Taipei que les ambassades d’une douzaine de micro-Etats (malgré la « politique du chéquier » menée par Taipei). Toutefois, au XXIe s., le passeport de la République de Chine-Taïwan (et dont la nouvelle couverture est depuis 2020 intitulée: « TAIWAN-République de Chine ») est reconnu sans visas par de plus en plus de pays.

*  février 1973-Pékin: la République Populaire de Chine et les Etats-Unis ouvrent des bureaux de liaison, préalable à l’établissement des relations diplomatiques en 1979 sous la présidence de Jimmy Carter.

* 5 avril 1975: mort de TCHANG Kaï-chek. Son fils CHIANG Ching-kuo pose la première pierre de son mémorial. D’abord premier ministre, CHIANG succède à son père à la présidence de la République en 1978, jusqu’en 1988. Le décès de Tchang Kaï-chek (le 5/4/1975) ne précède que de peu celui de Mao Tse-toung (le 9/9/1976).  La première pierre du mausolée de Mao est posée le 24 novembre 1976  (sur le modèle du mausolée de Lénine et Staline sur la place Rouge à Moscou) ; celle du mémorial de Tchang Kaï-chek, est posée le 31 octobre 1976 (un bâtiment inspiré du temple du Ciel de Pékin, mais avec une statue du généralissime qui est très proche de celle de Lincoln au Lincoln Memorial de Washington).

* 1975 : émergence d’une opposition organisée, le « Dangwai » (ou Tangwai, littéralement « Hors du parti [Kuomintang]». Création du magazine Taiwan Political Review par KANG Ning-hsiang, tribune des opposants du Dangwai . La revue est interdite en 1976, mais le Dangwai remporte quelques sièges lors des législatives de 1977, matrice du futur parti d’opposition PDP (DPP), créé en 1986.

*  1979, Les États-Unis reconnaissent  le régime de Pékin, et y transfèrent leur ambassade. Suite à la décision américaine, le président CHIANG Ching-kuo reporte immédiatement toutes les élections sans échéance de rétablissement.

* 1979 : USA-TW : Le Congrès américain vote le Taiwan Relations Act qui fait obligation aux Etats-Unis de défendre l’île en cas d’attaque chinoise. Le Taiwan Relations Act entre en vigueur le 10 avril 1979 et remplace le Mutual Defense Treaty du 3 mars 1955. Il définit les relations qu’entretiennent les États-Unis et Taïwan, et limite l’assistance militaire américaine aux seules armes défensives. Géographiquement, le terme «Taïwan» inclut l’île de Taïwan (l’île principale) et les îles Pescadores. En sont exclus les autres îles ou archipels sous le contrôle de la République de Chine, Jinmen, les Matsu, les îles Wuqiu, les Pratas et Taiping. Pékin appelle Taïwan (« les autorités de Taipei ») à revenir « au sein de la mère patrie ».

* 10 décembre 1979 : « Incident de Kaohsiung » (ou « incident de Meilidao »): répression d’une manifestation pour la démocratie et les droits de l’homme dans le  port de Kaohsiung (sud), à l’appel de la revue  d’opposition Meilidao (ou : Formosa Magazine, créée en mai 1979) et du mouvement Tangwai. L’arrestation de manifestants, la mort de plusieurs opposants, et le procès des « Huit de Kaohsiung » (dont la future vice-présidente PDP, Annette LU), lourdement condamnés au printemps 1980, ont un effet de stimulation des mouvements pour la démocratisation.

* 1981: Pékin lance la campagne « Un pays, deux systèmes » pour Hong Kong, Macao et Taïwan. Pékin propose à Taipei « les trois liens » (commerce, poste, voyages), ainsi que « les quatre échanges » (universitaires, culturels, économiques et sportifs).  Taipei répond peu après aux « autorités communistes chinoises » par « les trois non » (non aux contacts, non aux négociations et non aux compromis).

* Septembre 1986 : création du Parti démocrate progressiste (PDP, DPP, ou parti Vert), d’opposition au Kuomintang et favorable à l’autonomie voire à l’indépendance. Les  formations d’oppositions sont légalisées en octobre.

* 1987: fondation de la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) par Morris Chang, ancien employé de Texas Instruments aux Etats-Unis. En 2021, TSMC est la plus importante fonderie de semi-conducteurs au monde, capitalisée en novembre à plus de 610 milliards de dollars US, avec un chiffre d’affaires d’environ 50 milliards.

* Février 1987,  40e anniversaire du massacre du 2-28. Des comités pour la Justice et la Paix exigent la vérité sur les événements, leur commémoration, et installent les premiers lieux de mémoire du 228 (le premier en 1989 à Chiayi City).

* Mars  1987 : Massacre de Lieyu (ou : Massacre de Donggang, Incident de Donggang, Incident du 7 mars) Dans la nuit du 7 au 8 mars 1987 au moins 19 réfugiés vietnamiens non armés, sur un bateau dérivant dans le brouillard, sont massacrés sur ordre par l’armée taïwanaise sur une plage de la baie de Donggang, sur l’île de Lieyu, dépendant de Kinmen-Qemoy. La chaîne de commandement a ensuite tout fait pour dissimuler  le crime, qui ne sera révélé par la presse qu’en mai-juin. Les sanctions prononcées plus tard par la justice militaire seront symboliques.

* 15 juillet 1987 : levée de la Loi martiale par le président CHIANG Ching-kuo

* 4 juin 1989, à Pékin, massacre de la place Tienanmen. Interdit d’évocation (et sur internet) par le régime communiste, il sera commémoré à Hong Kong jusqu’à la « normalisation » par la loi de sécurité nationale de 2020. Fin 2021: destruction des quelques statues à Tienanmen érigées dans des universités hong-kongaises. Taïwan devient le seul espace « chinois » où la commémoration de Tienanmen reste possible.

* 1988-2000 : le vice-président LEE  Teng-hui succède à CHIANG, mort le 13 janvier. Il est élu président par l’Assemblée en 1990, et réélu – mais cette fois au suffrage universel direct, une première – en 1996. Taïwanais de souche, nippophone de formation, engagé volontaire dans l’armée japonaise en 1943, proche des communistes avant de rejoindre le Kuomintang, il mène d’abord une carrière d’enseignant et de technocrate spécialiste d’aménagement rural et agricole. Il monte ensuite les degrés de responsabilité au sein du Kuomintang, maire de Taipei, gouverneur de Taïwan, ministre de l’aménagement rural, vice-président de CHIANG. Président, LEE engage une courageuse série de mesures de libéralisation politique, en particulier pendant son deuxième mandat. Il met fin à la  « mobilisation contre la rébellion communiste ». Il lève les « Dispositions temporaires » de 1948 qui établissaient une législation d’exception. Des « Articles additionnels à la Constitution de la République de Chine » permettent à partir de 1991 des élections législatives dont l’assise  est désormais le seul territoire de l’archipel taïwanais. Les élus continentaux de 1947, qui siégeaient à vie, perdent leur siège. Le pluripartisme devient effectif, avec la cristallisation progressive de deux partis principaux. Le Kuomintang, qu’il avait présidé, se divise. Lee quittera le Kuomintang après 2000, et deviendra indépendantiste, partisan d’une République de Taïwan.  Il avait exposé son programme et ses objectifs dans un célèbre discours en 1995 devant l’Université Cornell (New York), où il avait obtenu son doctorat d’économie agricole. Son bilan le fait désormais considérer comme « le père de la démocratie » taïwanaise.

* 1991 : Taïwan admis au sein de l’APEC, Asia-Pacific Economic Cooperation (1989, 21 membres).

* Août 1991, France-Taïwan, les frégates et « l’Affaire des frégates » : Signature d’un contrat prévoyant la vente par la France de F.Mitterrand & E.Balladur (Thomson-CSF devenu Thales ; DCN devenu Naval Group) de six frégates à la Marine taïwanaise. Très forte tension entre Paris et Pékin. Les six frégates sont livrées à Taïwan entre 1996 et 1998. En 2020, Taïwan signe un contrat de modernisation de certains systèmes d’armes des frégates, d’où protestation de Pékin. « L’affaire des frégates de Taïwan » est liée aux commissions versées aux autorités chinoises (Pékin) et taïwanaises, évaluées à cinq cents millions de dollars, et dont une partie serait revenue en France sous la forme de rétrocommissions (impliqués : Roland Dumas, Christine Deviers-Joncour, Alfred Sirven, etc.). L’enquête est ralentie par le secret défense opposé aux juges (Eva Joly) par les gouvernements de droite et de gauche, d’où plus de 15 ans de procédure. La France (Etat et entreprises) a du, au final, verser à l’État taïwanais près de 630M d’euros. Plusieurs acteurs français et taïwanais, civils et militaires, meurent dans des conditions anormales non expliquées.​

* 1992-1994 : Adoption des « Lignes directrices pour la réunification nationale », puis du « Livre blanc sur les relations entre les deux rives du détroit ». Théorie de la « souveraineté en commun, gouvernance séparée ».

*  avril 1993-juin 1995: négociations entre la RPC et Taïwan à Singapour, sans résultats

* 1994 (présidence LEE Teng-hui, Kuomintang) nouvelle dénomination « d’Aborigènes » (Yuanzhumin)Les 14, puis 16, tribus officiellement reconnues par l’État sont constitutionnellement distinguées entre «aborigènes des plaines » (pingdi yuanzhumin) et « aborigènes des montagnes » (shandi yuanzhumin). Ils bénéficient en 1996 de la création d’un ministère des Affaires aborigènes, qui doit s’occuper de la restitution d’une partie de leurs terres. Ils sont intégrés au processus de justice transitionnelle. Depuis les années 2000, et surtout depuis une loi de 2019, les efforts de l’État pour protéger et revitaliser  « les langues nationales »  concernent aussi les langues autochtones austronésiennes, l’Université et des sociétés linguistiques travaillant à une écriture unifiée de langues jusque-là presque exclusivement orales (les missionnaires chrétiens en avaient transcrit certaines en alphabet latin à des fins d’évangélisation). Elles sont désormais utilisées dans les écoles primaires des zones aborigènes. Des musées ethnographiques aborigènes se sont multipliés dans les deux dernières décennies, parfois sous forme de villages reconstitués (au risque parfois de la folklorisation des « réserves indigènes ») . La mémorialisation des révoltes indigènes des années 1930 passe par l’érection de statues, la pose de plaques commémoratives dans les régions concernées.

*  9 juin 1995: long discours du président LEE Teng-hui à l’Université Cornell (Ithaca, New York, Ivy League), où il avait obtenu son doctorat d’économie agricole en 1968. LEE y présente ses objectifs de démocratisation et d’évolution du statut de Taïwan. Il parle de “la République de Chine à Taïwan”: c’est la première fois qu’un officiel taïwanais utilise cette formule. Des centaines de journalistes ont couvert l’événement, et le discours a été largement diffusé sur les radios d’Asie. Ulcérée par l’autorisation par Bill CLINTON d’autoriser la venue de LEE aux États-Unis, la Chine a, à nouveau, lancé des missiles à proximité de Taïwan, ce qui entraîne l’envoi par Washington de deux groupements tactiques de porte-avions nucléaires dans la région, ouvrant ainsi la “Troisième crise du détroit de Taïwan” (juillet 1995-mars 1996). LEE a effectué une deuxième visite à Cornell en 2001, après son retrait de la vie publique officielle. 

* 23 mars 1996: Première élection présidentielle au suffrage universel à Taïwan. LEE Teng-hui est réélu par 54% des onze millions de suffrages exprimés. Comme à chaque épisode politique important à Taïwan, Pékin manifeste son mécontentement – et son impuissance à peser sur l’événement- par des manœuvres militaires et le tir de missiles dans le détroit de Taïwan.

* milieu des années 1990, installation d’un processus de justice transitionnelle par le président LEE Teng-hui (1988-2000, KMT). C’est le fruit d’un compromis entre le Kuomintang, le principal parti d’opposition PDP et les associations de la société civile. Sur le modèle d’exemples étrangers, cette justice transitionnelle doit travailler sur les événements de 1947 mais aussi sur la période de la Terreur blanche, pour établir et chiffrer les faits de violations des droits humains, et en réhabiliter les victimes par la distribution de certificats de réhabilitation à leurs familles. La présidente TSAI Ing-wen (depuis mai 2016, PDP) a complété le processus par l’installation d’une Commission de vérité et de réconciliation inspirée du modèle sud-africain.

* 1997 : inauguration du « Musée du Mémorial du 2-28 » (228 Memorial Museum) construit sous la municipalité Taipei de CHEN Shui-bian (1994-1998, parti démocrate progressiste, PDP), inauguré par le premier ministre  LIEN Chan (Kuomintang).  C’est chronologiquement la première institution à Taiwan dédiée aux droits de l’homme. Le Nouveau parc, qui abrite également un Mémorial du 2-28 depuis 1995, est  rebaptisé parc du Mémorial de la paix. Des musées ou mémoriaux sont ensuite inaugurés dans les autres grandes villes du pays, rappelant que la répression de 1947, puis la Terreur blanche, ont frappé tout l’archipel. 

* 1997 : début de la controverse sur les manuels scolaires, qui dure jusqu’à aujourd’hui, avec une intensité variable liée à l’instrumentalisation du débat par certains candidats, et aux alternances politiques. Elle concerne les manuels d’histoire-géographie-sociologie à l’usage des collèges de la collection « Connaître Taïwan » [Renshi Taiwan / Knowing Taiwan]. Le premier volume inverse, en effet, la logique officielle en vigueur jusqu’alors, qui consacrait la quasi totalité du texte à la Chine, et reléguait Taïwan dans les « études provinciales » : désormais, les questions concernant Taïwan précèdent les chapitres sur la Chine (de la Chine impériale à la République de Chine), et sur le reste du monde. Ces cercles concentriques Taïwan-Chine-Monde sont une forme révolution copernicienne idéologique.

* 1997, Création d’un centre « Centre de transbordement hors douane » dans le port de Kaohsiung (sud). Il permet aux navires chinois d’effectuer  un voyage direct légal entre les deux rives, pour des marchandises chinoises qui ne peuvent être que réexportées vers un pays tiers, et non entrées à Taïwan.

* 1er juillet 1997: rétrocession de Hong Kong à la Chine, en 1999 de Macao.

* 1998, sous la présidence de LEE Teng-hui (1988-2000, KMT) est décidée la création d’un Musée national de l’histoire de Taïwan (MNHT), traduisant un glissement de la vision nationaliste officielle (la Grande Chine) vers un discours plus « nativiste ». Le MNHT est, au départ, une émanation du Conseil des affaires culturelles du Gouvernement provincial de Taïwan, distinct du Gouvernement national de la République de Chine (et dont LEE avait été le gouverneur.  Le processus traînera, lié aux alternances de majorités politiques: il faut attendre 1998 pour qu’un comité préparatoire soit installé, et 2011 pour l’inauguration du musée,  dans un bâtiment ultra-moderne de verre et d’acier (une architecture de rupture qui fait sens) près du fort hollandais Zeelandia de l’ancienne capitale Taïnan (sud-ouest) . Le MNHT a été conçu, à l’image des musées de Singapour ou de Hong Kong, comme un musée post-colonial et multiculturaliste. Il présente une vision du passé de l’île très éloignée du récit historique traditionnel du Kuomintang. Le terme neutre de « période » (shidai) est appliqué à égalité à chacune des grandes phases de l’histoire de l’île : la période hollandaise, de Koxinga, des Qing, des Japonais, du Kuomintang. La société et la culture taïwanaises sont présentées comme le produit d’un patrimoine diversifié composé d’éléments indigènes (polynésiens), européens, chinois et japonais. Un Musée national de la littérature taïwanaise a également été installé à Taïnan dans une bâtisse coloniale japonaise réhabilitée, et inauguré en 2003.

* 1999, Taipei proclame que « les  deux rives constituent deux États séparés ». Une formule catégoriquement rejetée par Pékin, qui s’en tient  à la formule non discutable « Un pays, deux systèmes ».

* 18 mars 2000:  CHEN Shui-bian, ancien maire de Taipei, candidat de l’opposition indépendantiste (PDP/DPP) est élu président de la République (2000-2008). C’est la première alternance politique majeure de l’histoire de Taiwan, et donc du processus de démocratisation. La vice-présidente est indépendantiste. Nouvelle tension avec la RPC. Réélu en 2004, CHEN finira son deuxième mandat dans une ambiance de corruption et de népotisme, et sera lourdement condamné par le justice taïwanaise.

* avril 2001 : Important contrat d’armements entre Etats-Unis et Taiwan

* 2001, création d’un Comité des affaires hakka, qui va multiplier les musées locaux dans les régions à peuplement hakka, et promouvoir la langue hakka dans l’enseignement et dans les médias (dont les radios et télévisions publiques).

*  1er décembre 2001, élections législatives au Yuan législatif, le Kuomintang perd la majorité pour la première fois depuis 1949, au profit des indépendantistes du DDP-PDP, Parti démocrate progressiste (les Verts).

* 2002, apparition du « Mouvement pour la rectification du nom [de Taïwan]» qui a sillonné Taipei le 11 mai [Journée des mères, en référence à la Mère-Patrie), demandant que « la République de Chine » devienne « la République de Taïwan ». Et que le vocable « Chine » disparaisse de toutes les appellations officielles (agences gouvernementales, entreprises, ambassades, etc.) ou privées, au profit de Taïwan. L’ex-président LEE Teng-hui (1988-2000), qui avait passé l’essentiel de sa carrière politique au sein du Kuomintang, sera un des porte-voix les plus remarqués du Mouvement pour le rectification, en particulier en 2003.

*   2002 : Taïwan (sous l’appellation de « Chinese Taipei ») entre à l’Organisation mondiale du commerce (OMC, WTO) comme «territoire douanier souverain », trois semaines après la Chine de Pékin.

* 28 février 2004, à 2.28PM (2-28) une chaîne humaine (« 2-28 Hand-in-Hand Rally ») rassemble environ 2 millions de personnes sur 550 km du nord au sud de l’île. Elle se veut transpartidaire, et manifester la solidarité et l’unité des Taïwanais autour de l’événement du 2-28 1947. Avec environ 2 millions de personnes (sur 23 millions : c’est le plus important rassemblement de l’histoire de l’île) entre les deux extrémités nord (l’île de Hoping [soit l’idéogramme « Paix »] à Keelung, où ont débarqué les troupes continentales envoyées réprimer le soulèvement) et sud de l’île (Changlung [« Prospérité »] à Pintung), pour construire symboliquement le lien entre tous les Taïwanais autour de l’événement traumatique. Avec, à l’heure dite (2-28PM) les slogans : « Mains jointes pour réunir tous les groupes ethniques / pour protéger Taïwan » : donc autour des idées d’intégration, d’unité, de collaboration. Le logo était une main dont les 5 doigts représentaient les Hakka, les Minnan, les Continentaux, les Aborigènes et leurs épouses étrangères. Avec la représentation de tous les groupes, de toutes les Eglises et confessions. La tonalité générale était donc une commémoration du 2-28 moins agressive que recherche de réconciliation et de consensus, susceptible de renforcer la quête de souveraineté de Taïwan. L’orientation méridienne de la chaîne se voulait peut-être aussi un rejet symbolique d’une orientation est-ouest, qui aurait ainsi affirmé le lien entre Taïwan et la Grande Chine, revendiqué par les nationalistes des deux rives, Kuomintang ou communistes.

* 2004 : avec 508m de hauteur et ses 101 étages, en forme de tige de bambou, la tour « 1-0-1 [One-O-One]» de Taipei devient le plus haut édifice du monde, jusqu’en 2010.

* mars 2004 : élection présidentielle, dont les débats tournent une fois de plus sur autonomie ou indépendance, et référendum sur les achats d’armements. Réélection du président CHEN avec une marge infime. 

* 14 mars 2005-Pékin : Loi anti-sécession à Pékin, votée par l’Assemblée Populaire Nationale autorisant une action par la force (« recourir à des « moyens non pacifiques » »)  contre Taïwan si l’île s’engageait  sur la voie d’une indépendance formelle. Elle provoque une manifestation de dénonciation de 1,6M personnes à Taipei. Sans cesse rappelée par Pékin, cette loi est de plus en plus violemment mise en avant contre les « vagabonds de Taïwan » (décembre 2021) par le président XI Jinping.

* 28 février 2006, le Conseil pour l’unification nationale, consultatif et depuis longtemps symbolique, est « suspendu ». Les « Lignes directrices pour l’unification nationale » sont abolies par CHEN Shui-bian.

*  2006 : TGV. La « Ligne à grande vitesse de Taïwan » entre en service  entre Taipei et Kaohsiung

.* été 2006 : campagne du KMT pour la démission du président CHEN (pour corruption personnelle et de son entourage, et népotisme). Déclarations menaçantes de Pékin sur l’avenir politique de l’île. CHEN sera lourdement condamné pour corruption après son mandat en 1988 (d’abord prison à vie, ramené à 19 ans).

* 2007, le président CHEN Shui-bian (2000-2008, PDP), après avoir souligné que « les documents historiques et les archives officielles attestent que Tchang Kaï-chek est le principal coupable de l’incident du 2-28 [1947] », déclare vouloir une évolution du statut du Mémorial de Tchang Kaï-chek à Taipei, et le transforme en « Mémorial de la démocratie de Taiwan », sur une esplanade rebaptisée place de la Liberté, au pied donc de l’immense siège du Kuomintang. Dès son arrivée au pouvoir en 2008, appuyé par sa majorité Kuomintang au Yuan législatif, le président MA Ying-jeou (2008-2016), rétablit l’appellation première du Mémorial.

* février-printemps 2007 : campagne de « taïwanisation », et de « rectification des noms« . « Taïwan » remplace « République de Chine » sur les timbres, les enseignes. « L’aéroport international Tchang Kaï-chek » est rebaptisé « Aéroport international Taoyuan de Taïwan ». Le « Mémorial Tchang Kaï-chek » est brièvement rebaptisé « Mémorial national de la démocratie à Taïwan »

* été 2007 : manifestations à Taïwan, communes pour la reconnaissance par l’ONU, mais séparées pour l’indépendance (PDP) ou contre (KMT). Le président CHEN agite l’idée d’un référendum sur l’indépendance, ce qui entraîne de vives réactions à Pékin et de la part des Etats-Unis lors du sommet de l’APEC. 15e échec à l’ONU. Mini-sommet Taïwan-Afrique (douze participants contre 48 à Pékin en novembre 2006).

* 10 octobre 2007, « Double-Dix » : pour la 1e fois depuis 16 ans, défilé militaire à Taipei à l’occasion de la  fête nationale (célébrée le « Double-Dix« , qui commémore le soulèvement de 1911 qui a conduit à l’effondrement de la dernière dynastie chinoise, et la proclamation de la République).

* 12 janvier 2008 : triomphe du Kuomintang aux législatives. Le « parti bleu » d’opposition favorable à un rapprochement avec Pékin obtient  81 des 113 sièges au Yuan législatif (le nombre de sièges a été réduit de moitié « pour plus d’efficacité »). Le « parti vert », Parti démocratique progressiste (PDP/DPP) du président CHEN Shui-bian, subit un grave revers en remportant seulement 27 sièges – les accusations de corruption et de népotiqme contre CHEN ayant lourdement pesé sur les résultats. Les petites formations alliées du Kuomintang (KMT) obtiennent  5 sièges.

* mars 2008: élection présidentielle. Le président MA Ying-jeou (KMT) l’emporte largement (58,45 % des suffrages exprimés). « Candidat de l’ouverture et de l’accélération des échanges avec la Chine populaire », parlant même de la perspective d’un « marché commun » et de jeter « les fondations d’un siècle de paix et de prospérité », il inaugure, élu, une politique de rapprochement avec Pékin, illustrée symboliquement par les premiers vols directs réguliers. Mais la rhétorique nationaliste ne faiblit pas du côté du continent, par exemple pour la participation au JO de Pékin. Du coup, on reproche à MA d’avoir beaucoup cédé symboliquement à Pékin, sans rien avoir obtenu en échange.

* Juillet 2008 : premier vol direct du Continent vers Taïwan depuis 60 ans

* 2008 : inauguration d’un monument national  dédié aux victimes de la Terreur blanche, où se tiennent chaque 15 juillet, date anniversaire de la levée de la loi martiale, des cérémonies gouvernementales en mémoire des persécutions de l’ère autoritaire. Depuis 2011, le Musée national des droits de l’homme regroupe plusieurs sites de détention (Île Verte, prison de Jingmei) et a entrepris une collecte de mémoires d’anciens détenus.

* 8 août 2008 :   Le typhon Morakot fait près de 700 morts, principalement dans des glissements de terrains et coulées de boue.

* 2009 et 2010, du fait de la politique pro-Pékin de MA, le KMT perd de nombreux sièges dans des élections partielles ou locales, au profit du DPP, surtout dans le sud du pays. En 2009, Taïwan est admis comme observateur à l’OMS, et le reste jusqu’en 2016 avec l’autorisation de Pékin. L’opposition invite le Dalaï Lama après le typhon Morakot.

* 2011 : le centenaire de la République de Chine est  largement célébré à Taïwan.

* Mars 2012 : le président MA est réélu de justesse  pour un 2e mandat. Il multiplie les signes d’ouverture à la Chine. Dont un accord de libre-échange (ECPA) signé en 2010, très favorable à Pékin, et qui exaspère les autonomistes et les indépendantistes.

* Début 2014 : le volet Services de l’ECPA doit être ratifié par le Yuan législatif. Le président MA essaie de le faire voter en bloc. Les contestataires demandent un vote article par article, pour en modifier des dispositions jugées beaucoup trop favorables à Pékin. Du 18 mars au 10 avril, le « Mouvement des tournesols » (ou : Mouvement Tournesol des Étudiants, ou « 3-18 »)  mobilise de nombreux jeunes (étudiants) dans des manifestations de rue, des sit-in, des occupations d’édifices publics (dont le Yuan législatif). MA échoue à faire voter son texte.

* 2013: il est décidé que l’expression « occupation japonaise » sera dorénavant remplacée par celle « d’administration japonaise» dans tous les documents officiels. Le débat sémantique sur la qualification de la période japonaise permet de cerner les positionnements et les évolutions à la fin du siècle. La période coloniale est alors qualifiée par les différents protagonistes de   « période de l’occupation japonaise » (riju) ; « période du régime colonial japonais » ; « période d’administration japonaise » (rizhi). Finalement, on a privilégié la formule encore plus neutre de  « période japonaise » (riben shidai). Par exemple pour les salles du Musée national d’histoire de Taïwan, inauguré à Taïnan en 2011. La section permanente du Musée national d’histoire de Taïwan consacrée à la période 1895-1945, intitulée « La grande transformation et l’ordre nouveau » valorise clairement « la période japonaise », matrice de la modernité et de la prospérité actuelles de Taïwan, et qui a façonné une identité taïwanaise ensuite niée et réprimée par le Kuomintang.

* 2015 : ouverture du premier « Mémorial des femmes de réconfort  de Taïwan » par une ONG locale, la « Taiwan Women’s Assistance Foundation ». Les prostituées taïwanaises des bordels de l’armée japonaise sont reconnues comme des victimes, à l’image de ce qui s’est produit en Corée du sud; et contre le négationnisme des ultra-nationalistes japonais, en partie relayés au sein des gouvernements du parti libéral.

* Novembre 2015 : rencontre entre MA et XI Jin-ping à Singapour, une première entre les deux parties en 66 ans.

* 16 janvier 2016 : TSAI  Ing-wen (PDP, DPP, indépendantiste) est élue présidente de la République (pour une entrée en fonction le 20 mai), à la colère de Pékin, qui multiplie les gesticulations militaires dans le détroit. C’est la première femme à présider une démocratie en Asie sans succéder à son père ou à son mari. Pour la première fois, le PDP (DPP, Vert, opposition) obtient une majorité parlementaire au Yuan législatif  (68 sièges sur 113).  Pékin suspend tout dialogue politique avec Taipei.

* 1er août 2016: La présidente TSAI Ing-wen présente de la part du gouvernement des excuses officielles aux Aborigènes « pour les souffrances et l’injustice qu’ils ont subies ces 400 dernières années ». Le grand-père paternel de la présidente TSAI est issu de la minorité Hakka et sa grand-mère paternelle était une aborigène Paiwan, deux ethnies dont la langue n’est ni le mandarin ni le taïwanais.

*  24 mai 2017: Le Conseil Constitutionnel légalise le mariage pour tous, une première en Asie.

* 2020: Hong Kong-Taïwan: La reprise en main autoritaire d’Hong Kong par Pékin via la répression et la loi de sécurité nationale, achève de convaincre les Taïwanais que la formule « un pays, deux systèmes » n’est qu’un leurre. Certains dirigeants du mouvement démocratique à Hong Kong arrivent à se réfugier à Taïwan, transitant parfois par Pratas, un atoll occupé par l’armée taïwanaise, situé entre Taïwan et Hongkong. Taïwan devient le seul espace « chinois » où le massacre de Tienanmen le 4 juin 1989 à Pékin peut être librement commémoré.

* 2020 : réélection de la présidente TSAI pour un second mandat.

* 27 mars 2020, Etats-Unis-Taïwan :  le président Trump paraphe le Taipei Act, une loi sur l’initiative de protection internationale et de renforcement des alliés de Taïwan qui autorise les États-Unis à accroître leur aide économique, diplomatique et militaire aux pays qui revalorisent leurs relations avec Taïwan et à la diminuer dans le cas inverse. Le 28 octobre 2020, l’administration américaine autorise la vente de nombreuses armes, dont 400 missiles antinavires Harpoon. Le 28 décembre, Donald Trump signe le Taiwan Assurance Act, qui renforce les liens entre les deux pays, vise à fournir des armes défensives plus modernes et nombreuses à Taipei et à soutenir sa candidature au sein des organismes internationaux.

* 2020, pandémie de covid-19. Taïwan est le premier pays à prendre des mesures restrictives d’entrée sur son territoire dès l’annonce d’une épidémie suspecte en Chine début 2020. Ces mesures extrêmement contraignantes se traduisent par un nombre très réduit de contaminations et de décès (en 2020: 600 cas et 7 morts pour 23 millions d’habitants). Au contraire de la politique du secret, du mensonge et de la répression des lanceurs d’alerte par Pékin, la gouvernance ouverte et démocratique de Taïwan et son efficacité font un contraste violent. Taipei lance une campagne internationale pour être réadmis au moins comme observateur à l’OMS, ce que refuse Pékin, qui entend ainsi sanctionner depuis la présidente indépendantiste TSAI, bête noire du régime chinois.

* 2021 : L’armée de l’air chinoise multiplie les incursions dans la zone d ‘identification de défense aérienne (ADIZ) de Taïwan. Le président XI multiplie les déclarations considérées comme belliqueuses sur le futur de Taïwan. Dans la revue Foreign Affairs du 5 octobre 2021, la présidente  TSAI Ing-wen rappelle aux démocraties occidentales  l’enjeu d’un  scénario d’attaque militaire de Taïwan : « Les conséquences seraient catastrophiques pour la paix régionale et le système d’alliances démocratiques. Ce serait le signe que, dans la compétition mondiale des valeurs, l’autocratie l’emporterait sur la démocratie. »

* Juillet 2021, Identité nationale :   Selon l’édition 2021 de l’étude annuelle du Centre d’étude des élections de l’Université nationale Chengchi , 63 % des Taïwanais ne s’identifient que comme Taïwanais; 31 % s’identifient à la fois comme Taïwanais et Chinois; 2,7 % comme uniquement Chinois. Et moins de 8 % des Taïwanais se déclarent pour l’unification avec la Chine, l’immense majorité soutenant le  maintien du statu quo. Autant d’éléments d’un nouveau paradigme identitaire qui fait de Taïwan, pour reprendre une formule du chercheur Stéphane Corcuff, un véritable « laboratoire d’identités.»  (L’évolution de la perception de l’appartenance identitaire, Taïwan 1992-2021, National Chengchi University’s Election Study Center in Taiwan,  20 juillet 2021 :https://esc.nccu.edu.tw/PageDoc/Detail?fid=7800&id=6961 )

* Août 2021, Afghanistan : le départ précipité des Américains et l’abandon du régime de Kaboul donne des munitions à la propagande de Pékin : « une leçon pour Taïwan », qui « ferait mieux d’en tirer les conséquences », car,  comme l’Afghanistan, Taïwan risque bien d’être « abandonné à son tour » : « Si une guerre éclate dans le détroit, la défense de l’île s’effondrera en quelques heures, et l’armée américaine ne viendra pas les aider. En conséquence, les autorités du PDP se rendront rapidement, et certains de leurs hauts responsables pourraient avoir à fuir en avion. »

* 18 août 2021, Etats-Unis-Taïwan : Joe Biden déclare lors d’une conférence de presse que les Etats-Unis défendront militairement Taïwan en cas d’agression extérieure :  « Si d’aventure l’Armée populaire de libération (APL) devait lancer l’assaut contre Taïwan, les États-Unis répondraient à une telle agression ». Il semble ainsi lever « l’ambiguïté stratégique » jusque-là entretenu par les Etats-Unis. Protestations réitérées de Pékin pour atteinte au principe sacré « Une seule Chine ».

* Septembre-décembre 2021 : la Lituanie accepte l’ouverture d’un Bureau de représentation de Taïwan – et non pas de Taipei, comme le veut l’usage imposé par Pékin. Qui rappelle son ambassadeur et dégrade son niveau de représentation à Vilnius. Pékin mène une campagne internationale contre Vilnius, interdit les importations lituaniennes en Chine, sanctionne les entreprises européennes dont la chaîne de valeur comprend la Lituanie. Rupture des relations diplomatiques.

* Début octobre 2021, France-UE-Taïwan :  un groupe de sénateurs français préparés par Antoine Bondaz (FRS) se rend à Taïwan, passant outre les menaces de l’ambassade de Chine à Paris, tandis qu’une délégation d’hommes d’affaires taïwanais, et le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Joseph WU , se rendent en République tchèque, en Lituanie et en Slovaquie. Le 29 octobre, en marge du G20 réuni à Rome, l’Alliance interparlementaire sur la Chine (IPAC), créée le 4 juin 2020 (anniversaire de Tiananmen), se réunit pour la première fois à Rome et dénonce les répressions chinoises (Ouïghours, Hong Kong, Tibet, menaces sur Taïwan). Protestations du  ministre chinois des Affaires étrangères WANG Yi en tournée dans les Balkans et en Italie.

* 26 octobre 2021, Taïwan-Etats-Unis-ONU : Le secrétaire d’État américain Antony Blinken appelle les États membres de l’ONU à soutenir une participation « robuste » de Taïwan à l’organisation internationale. La présidente taïwanaise TSAI Ing-wen reconnaît sur CNN que des troupes américaines (quelques dizaines de soldats) se trouvaient depuis plus d’un an sur le sol de Taïwan afin d’apporter une formation à l’armée taïwanaise.

* Novembre-décembre 2021 : visite à Taïwan d’une délégation d’élus du parlement européen conduite par Raphaël Glucksmann, bête noire du gouvernement chinois. Visites à Taipei de personnalités ou délégations parlementaires tchèques, slovaques. Différentes motions parlementaires de soutien à la démocratie taïwanaise (Parlement européen, Bundestag allemand). Visite d’une délégation de députés français (conduite par François de Rugy). Visites de deux délégations parlementaires américaines: de Républicains à la mi-novembre, bipartisane début décembre.

* Décembre 2021, Sommet de la démocratie : les Etats-Unis organisent un sommet (virtuel) des démocraties qui réunit une centaine de pays. Taïwan est invité, malgré les vitupérations de Pékin. Les Américains censurent toutefois la carte du powerpoint de la déléguée taïwanaise, sur laquelle Taïwan était représentée d’une couleur différente (verte) de celle la Chine continentale (rouge) en matière de liberté de communication et d’expression sur l’internet dans le contexte de la crise pandémique du covid-19.

* Décembre 2021, Nicaragua : le sandiniste Daniel Ortega, fraîchement réélu à la présidence du Nicaragua, rompt ses relations diplomatiques avec Taïwan, au profit de Pékin (auquel il transfert immédiatement le bâtiment diplomatique taïwanais, alors que Taipei voulait le céder à la Nonciature du Vatican). Ses motivations sont à la fois géopolitiques (il risque un train de sanctions des Etats-Unis et de l’Organisation des Etats américains pour ses violations aggravées de la démocratie) et économiques (recherche d’investissements chinois, relance du projet de canal du Nicaragua). En 2016, Taïwan a perdu Sao Tomé-et-Principe. En 2017, le Panama. En 2018: la République Dominicaine, le Burkina Faso et le Salvador. En 2019: les Îles Salomon et le Kiribati. Et donc le Nicaragua en 2021. La « diplomatie du chéquier » de Pékin est plus efficace que celle de Taipei. Il ne reste donc plus que 14 Etats reconnaissant Taïwan. Mais au même moment, multiplication des délégations occidentales à Taipei et amorce (à Washington, Tokyo, Canberra, etc. ) d’un renforcement des politiques officielles de soutien à Taïwan face à l’agressivité de Pékin.

* 1er janvier 2022 : la présidente TSAI Ing-wen (蔡英文) rappelle dans son message de Nouvel An que « les deux rives du détroit de Taïwan partagent la responsabilité du maintien de la paix et de la stabilité dans la région. ». Dans un discours à forte tonalité sanitaire et sociale, elle appelle la Chine à s’abstenir de toute coercition militaire, et à recourir à des moyens pacifiques pour apaiser les tensions régionales. « Nous maintiendrons fermement notre souveraineté, défendrons les valeurs de liberté et de démocratie, défendrons la souveraineté territoriale et la sécurité nationale, et maintiendrons la paix et la stabilité dans la région indo-pacifique. » En réponse, à Pékin, la porte-parole du Bureau chinois des affaires de Taïwan, ZHU Fenglian (朱鳳蓮) accuse le Parti démocrate progressiste (DPP) de TSAI de rechercher l’indépendance de Taïwan, de « continuer à forger des mensonges, et à intensifier les hostilités et le trafic de haine pour en tirer des bénéfices politiques. » La veille, dans son propre discours du Nouvel An, le président chinois XI Jin-ping avait répété que « l’unification complète de la patrie [chinoise] [est] une aspiration partagée par les peuples des deux rives du détroit de Taïwan. » Le Kuomintang, quant à lui, déclare que le gouvernement TSAI ferait mieux de rechercher surtout « un équilibre trilatéral [a trilateral balance] » dans les relations entre Taïwan, la Chine et les États-Unis.


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